PDF
Notes de lecture : Groupes et ethnologie
Paul Jolissaint
|
Les présentes notes sont extraites de L'algèbre après Galois,
par Norbert
Verdier dans la collection
Les génies de la science, Pour la Science, février 2003 - mai 2003,
pages
77 à 85.
|
Un peu avant les années 1950, l'ethnologue Claude Lévy-Strauss étudiait le
concept de famille dans diverses civilisations et notamment, aidé
du mathématicien André Weil, il dégagea le concept de
structure élémentaire de parenté, basé sur la notion de
groupe.
C. Lévy-Strauss étudiait en particulier une société primitive
australienne, la société Karieka. Elle est formée de quatre
clans : les Banaka, les Karimera, les Burung
et les
Palyeri. Après avoir exposé ses travaux à A. Weil, celui-ci
découvrit que la théorie des groupes décrit parfaitement les m urs
des Karieka.
Afin de faciliter la manipulation de ces divers clans, nous allons les
représenter par des lettres: désignera les Banaka,
les Karimera, les Burung et les Palyeri. De plus, nous noterons
l'ensemble des clans chez
les Karieka.
Voici maintenant les deux ensembles de règles d'appartenance aux clans que l'ethnologue a décrites
dans son ouvrage Les structures élémentaires de la parenté
(1947) :
- Règles des mariages :
épouse
épouse
- Règles d'appartenance de la descendance :
- homme
et femme enfant
- homme
et femme enfant
- homme
et femme enfant
- homme
et femme enfant
Soit alors la ``fonction conjugale'' ; d'après
les règles de mariage, c'est la permutation de donnée par :
On constate aisément que est d'ordre 2 :
.
Pour décrire la
filiation, on définit deux fonctions sur ; la première
associe au clan maternel le clan de son
enfant. Les règles sont résumées par :
De même, la seconde
associe au clan paternel le
clan de son enfant. D'après les règles,
En fait, on a : en effet, considérons un homme du clan ;
son épouse appartient au clan ; par suite, le clan de leurs
enfants est mais aussi . D'o l'égalité annoncée.
On vérifie également que : en effet,
Enfin,
.
Soit alors
, qui est un sous-groupe des permutations
de , et soit
le groupe
de Klein. Si
envoie
sur , sur , sur et
sur , on vérifie que est un isomorphisme. Ainsi, les
règles d'appartenance clanique chez les Karieka possèdent une structure
de groupe (en fait, de groupe abélien)!
Conséquences
(1) Le fait que
pour tout implique que tout
enfant appartient au clan de sa grand'mère maternelle, mais également
au clan de son grand'père paternel.
(2) On interprète les égalités
ainsi : la fille d'un
homme peut épouser le fils de la s ur de l'homme. En effet, soit
le clan d'un homme (et de sa s ur). Alors est le clan
de la fille de l'homme et est le clan du fils de la
s ur. Comme , on a , ce qui signifie que
la fille de l'homme et le fils de sa s ur appartiennent à des clans
dont les membres peuvent se marier.
| Lycée cantonal de Porrentruy |
| Place Blarer-de-Wartensee |
| 2900 Porrentruy |
| paul.jolissaint@jura.ch
|
|