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Science mal aimée, Physique que j'aime

Philippe Naudy,
Membre de la CRP




La science est un projet celui de comprendre la nature et d'en découvrir les secrets en cherchant des lois qui s'organisent en une représentation intelligible du monde qui rend les choses plus simples, plus logiques plus harmonieuses et surtout prévisibles.

Ses éclairs d'imagination s'apparentent à ceux de la philosophie ou de la poésie mais elle s'en distingue en adoptant des critères de vérité dont les deux principaux sont l'expérience et la cohérence logique.

Malheureusement cette quête de vérité que poursuivent les scientifiques ne les rapproche pas des autres hommes, car leur vérité n'est pas celle d'une intime conviction, qui a force morale et à laquelle tout le monde aspire.

Rigueur et esprit rationnel isolent la science dans un bloc hostile d'où le profane se sent exclu. Cela explique l'intolérance et l'oubli dans lequel elle peut sombrer.

Pour le public en général l'abstraction de la science ne convient pas à leur esprit ou les ennuie mais quant aux ``certitudes'' de la science il n'y voit aucune arrogance et trouverait plutôt rassurante l'existence de repères certains si bien que grande est sa déception lorsqu'on explique que le savoir de la science n'est pas aussi sûr qu'il le croit et qu'il peut toujours être remis en question.

Ce public perçoit en elle - c'est une des raisons pour lesquelles il s'en détourne - une arrogance hautaine que rien ne justifie : ni la difficulté des problèmes, ni l'opacité inévitable d'une technique qu'il ne connaît pas.

La beauté de la science ne se voit que dans l'architecture de ses lois et dans les formules qui les expriment. C'est une ascèse d'y accéder.

Une ``manip'' ou une page de calcul, n'est pas comme une sculpture en train de se faire ou une page en train de s'écrire. L'œuvre artistique parle d'abord au cœur, mais l'œuvre scientifique parle d'abord à l'esprit : il faut comprendre, avant d'apercevoir une harmonie.

La beauté de la science est de nature philosophique. On peut l'entrevoir à partir d'idées générales, mais seule la connaissance des faits et des théories qui les ordonnent permet de peser la crédibilité de ce qu'on vous raconte.

La science ne fait pas à elle seule la grandeur d'une civilisation et s'il existe des civilisations sans science, il n'en est pas sans art, sans notion de vérité (non pas scientifique mais ressentie au fond de soi); il n'en est aucune qui ne cultive un rêve de justice et des lois morales.

La science n'est pour l'esprit qu'un splendide ornement, une glorieuse conquête, capable de changer notre façon de penser et de vivre, mais à elle seule elle n'est rien. Elle ne saurait exister sans une base faite de valeurs morales et métaphysiques : La vérité, la justice, le bien, la beauté... le sublime !

Au départ la science n'était que grandeur de l'esprit humain et la technique que bienfait pour l'homme; ce qui arrive n'est ni la faute de la science ni celle de la technique, c'est la nôtre collective mais peut-être pouvons nous -ensemble aussi- transformer en réalité le rêve que nos aïeux avaient bâti autour de la science.

N'ayons pas peur du pari de l'intelligence et de la liberté d'esprit.

Le vrai danger et l'aventure c'est la connaissance... et il est trop tard pour y renoncer !